Par Fabiola NDIMAL*

Elèves paresseux et négligents? Enseignants mal formés? Parents absents? Environnement malsain? Conditions de vie déplorables? Politiques gouvernementales inadéquates en matière d’éducation? A qui peut-on réellement imputer la faute du décrochage scolaire dans le département de la Zadié ?

D’emblé, je pense qu’il ne serait pas juste de rejeter la faute sur une seule entité, un seul motif, car les raisons sont multiples et inter-agissantes

Plusieurs facteurs peuvent en effet expliquer l’abandon de ses études par un enfant. Les causes peuvent être aussi bien liées à l’histoire qu’aux conditions personnelles d’un élève donné.

Pour ma part, je pense que l’avenir d’un enfant se construit à partir du socle de son éducation, c’est-à-dire dès la maternelle. Or je constate, suite à mes enquêtes, qu’il n’existe pas, dans le département de la Zadié, une école maternelle en bonne et due forme.

L’opportunité de commencer leur éducation scolaire dès leurs bas âges est ainsi déniée aux enfants de notre localité. Je peux, par conséquent, affirmer que sur cette base, les enfants de Mékambo comparés à ceux des autres localités sont défavorisés  en matière d’éducation. Il n’est donc pas étonnant de voir que, dans certains cas, les petits méroéen soient moins brillants à l’école que les autres. La faute dans ce cas précis peut être attribuée aux autorités, aux gouvernants dont l’une des missions reste, en principe, d’assurer l’éducation des enfants en mettant à la disposition des parents des structures adéquates.

A ce manque d’infrastructures viennent s’ajouter des faits culturels et d’autres facteurs liés aux conditions de précarité dans lesquelles vivent les populations de notre belle localité. Des conditions difficiles qui ne sauraient créer un environnement  propice pour l’épanouissement des enfants et qui contribuent  indéniablement au décrochage scolaire chez les jeunes de Mékambo, un peu comme partout ailleurs, au Gabon. Parmi ces conditions, il y a notamment (pêle-mêle):

  • Les familles nombreuses: Conséquence du manque de culture en matière de planning familiale, la pléthore d’enfants au sein d’une même famille (au sens occidentale du terme) constitue un des facteurs qui contribuent à l’augmentation du taux d’échec scolaire dans le département de la Zadié. Il est en effet, évident que le suivi scolaire et l’éducation des enfants sont plus faciles pour des familles avec un (1) ou deux (2) enfants que pour des familles nombreuses de sept (7) voire dix (10) gosses ou plus.
  • Les enfants abandonnés (pour une raison ou pour une autre) aux grands parents: Ces derniers rencontrent souvent d’énormes difficultés pour s’en sortir d’un point de vu scolaire. Dans notre société, les grands parents sont les amis, les confidents des petits fils. C’est chez eux que les enfants trouvent souvent refuge quand ils sont en rupture avec leurs géniteurs. Etant pour la plupart illettrés, peu exigeants et moins regardants sur le comportement de leurs «amis», les grands parents se contentent le plus souvent de n’offrir, en marge de leur légendaire amour, qu’un toit et à manger aux enfants. Le suivi scolaire n’étant pas leur fort, il s’en suit, logiquement, l’échec scolaire des enfants dont ils ont la charge.
  • Les mères isolées: Elles sont de plus en plus nombreuses dans le département. Je peux affirmer sans trop risquer de me tromper qu’il en existe au moins deux (2) dans chaque concession à Mékambo. Il est toujours difficile pour les mamans esseulées d’élever leurs enfants dans les meilleurs conditions. Concilier le suivi scolaire des enfants et les taches quotidiennes (taches ménagères, travaux champêtre, études, emploi etc.) a toujours été un casse-tête pour ces mères, jeunes dans la plupart des cas. Un enfant vivant dans ces conditions est bien plus exposé au décrochage scolaire que celui élevé par ses deux parents.
  • Les grossesses précoces sur le banc de l’école: Il n’est plus étonnant de voir, aussi bien à l’école primaire qu’au secondaire, des jeunes filles au ventre ballonné dans les cours de recréation. Dans la plupart des cas ces filles, dont certaines accouchent en pleine année scolaire, finissent par mettre fin à leurs études pour, entre autre, se consacrer entièrement à leur progéniture.
  • Etc.

L’échec scolaire a ainsi un lien direct avec l’environnement socio-économique au sein duquel l’enfant évolue. Il est clairement l’un des reflets du déséquilibre social qui existe dans notre pays. Les responsabilités sont naturellement partagées entre l’état dont l’une des missions reste d’assurer une bonne éducation à la population, les parents qui ont la responsabilité directe de l’éducation de leurs enfants et les enfants eux-mêmes.

Outre la recrudescence de la délinquance juvénile, et ses corollaires, conséquence directe du décrochage scolaire, il en résulte que le département de la Zadié fait partie de ceux qui fournissent le moins de cadres à la nation, aussi bien dans l’administration publique qu’au sein des sociétés privée.

L’échec Scolaire n’étant pas une fatalité en soit, il revient aux autorités gouvernementales, avec l’appui des organisations non gouvernementales, des opérateurs économiques et autres, d’initier des programmes de réinsertion en vu d’assurer aux «décrocheurs» une formation qui leur permettrait de se faire une place dans la vie active. Je plaide ainsi pour l’implantation, par exemple, d’un centre de formation à Mékambo.

*Fabiola NDIMAL est étudiante en Droit des Affaires à l’Université Habib Bourguiba de Dakar au Sénégal.

https://i0.wp.com/metandou.com/wp-content/uploads/2016/05/fab.jpg?fit=300%2C300https://i0.wp.com/metandou.com/wp-content/uploads/2016/05/fab.jpg?resize=150%2C150mmmLibre TribunePar Fabiola NDIMAL* Elèves paresseux et négligents? Enseignants mal formés? Parents absents? Environnement malsain? Conditions de vie déplorables? Politiques gouvernementales inadéquates en matière d’éducation? A qui peut-on réellement imputer la faute du décrochage scolaire dans le département de la Zadié ? D’emblé, je pense qu’il ne serait pas juste de rejeter la faute...L'Autre Mékambo